samedi 28 février 2009

Le grenier

J’avance par ce monde dont l’échos se flous, Un pied déjà scellé dans le marbre des deuils. Chaque de mes pas m’y embourbe un peu plus, Chaque souvenir y met de son poids de plus. Ma lueur vive déjà fond sur l’horizon. J’y aperçois, naissantes, les rives pourpres, Sur l’écorce indistincte d’un crépuscule, L’ombre envahir mon dos de frêles frissons, Le froid fissurer peu à peu ma peau blême, Les vieux artéfacts s’émailler de silence. Je ne peux qu’allonger quelques foulées encore, Incertaine habitude, pour que ne se taisent, L’aimable espoir, l’insoumise croyance, Qui baignent chacun de tes regards, jeunesse, Dont l’éclat du matin n’écaille pas encore Ta rétine opaline d’un bleu pur, Dont les rayons caressent la nuque frêle, Et te guident par les doux pastels du matin, Que je ne vois plus à mon fatal contre-jour. Si je tourne la tête, tous ces paysages, Que tu poursuis, se redessinent à mes yeux, Loin, englués dans les jadis et les antan. Ils jonchent agonisant le vieux parterre, Démembrés et rognés par l’oubli et le temps. Toutes les malices de l’insouciance S’ébattent, éparses, sous des masques de brume. Ces mélodies passagères se chinent, Derrière le timbre d’une horloge cassée. A leurs côtés ricanent les vierges nymphes, Décaties, de mes lâches laissés pour compte Et autres fragrances de regrets éhontés. Au milieu de ce champ, traînant sa bohème, Il y a se tendre baiser si langoureux, Que je partageais avec cette jeune femme, Ces enlacements hérétiques et sauvages, Ces volutes de sueurs étourdissantes, Cette nuit infatigable où je flânais, De mes mains sur ton corps frissonnant et transi, Où nos pensées avaient disparu dans l’ardeur, Dans la fougue, de nos souffles entrelacés, S’enivrant au cantique des cantiques, Etendus l’un à l’autre, ne sachant plus alors, Se distinguer nos ombres l’une de l’autre. Dans l’opaque corniche se dissimulent Ces mauvais quolibets des neiges du destin Ce visage aux joues creusées de silence Ces orbites délaissées, ces lèvres glacées Ces plaies purulentes que rien ne suture Quand la peine se gausse d’être à nos larmes Quand la vie laisse trop de sels à ces rives Pour que les arbres en fleurs se fardent de fruits Pour que les pourquoi trouvent un refrain aux prières Mais de tous ces maux, est absent de la scène, Le visqueux regard du frère de Caïn, Dont j’aurais au moins sauvé un peu d’éternité A ne pas piétiner l’opale des marées. L’écho d’un fou rire intrépide surgit ! Se distinguant à peine sous la corolle, Cette petite fantaisie insolente, Bravant l’austère courtoisie de nos bleu lys, Cette raillerie un peu bête et salée, Tombée à l’improviste sur le fil des mots, Un jour de printemps où le soleil se cachait Et qui fendit les mines rigides de nos glas, De contorsions merveilleuses et grisantes. Tout cela immacule le parquet craqué De ce sombre grenier grinçant et vermoulu, D’une lie poussiéreuse, peloté d’âme, Qui sature l’air m’arrachant une toux rauque, Qui pique mes yeux où rougissent des ressacs, Et dont la fileuse tisse mon fatal linceul. Je scelle alors la porte tant bien que peu, Malgré les bourrasques qui rongent les battants, Malgré cette crainte que paraisse la nuit, Et je descends me réfugier dans les salons. Mais dès que je croise un innocent miroir, Se fixe à mon regard sans autre sentence, Que cette lourde poussière de ma vie, A recouvert l’éclat de ma chevelure. (2004)

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