samedi 28 février 2009

Le baisé

Si nous ne nous disions pas ces mots d’amours ! Les ébaucher seulement sur le rivage de nos lèvres, Pour ne pas les fustiger de banales ecchymoses, Comme une mauvaise habitude qui croit peu à peu. Un peu amant, un peu amie, un peu rivale, Laissant poindre le temps sans y penser jamais, A la lisière imprenable et béates de nos songes, Se fondre et se confondre sur l’onde des abysses. Et puis se déchirer, s’épanouir, étendre notre empan, Se saigner à s’étourdir en d’étrange transe de sueurs ! Nous mélangerons nos essences intimes, nos sarments Sur le toi du monde ! Que ne plaisent aux inquisiteurs. Alors, la peau juste sauvage, exorcisée des adages, Nous défierons les pâles reflets de la morale, Glas des apparences, fardeaux d’amertume, Que naissent des poèmes sous l’aube d’un baisé. Mais au jour de partir nous saurons infiniment : Pourquoi nos yeux sont troubles quand il est tard, Et que bondissent les misères assassines des raisonneurs, De ceux qui croit la vérité nichée au fond des discours. Nous porterons alors la couleur des insoumis, Celle qui éboule l’incohérence meurtrière des sermons, Celle qui couvre de honte la doctrine des bien-pensants, Celle qui entame la face rigide de mille rides épanouies. Et nous deviendrons un sourire lacé dans l’éternité, Qui résonneras avec entrain, folâtrant dans son écho, Jusqu’à ne plus se reconnaître, s’émerveillant d’avoir, Humblement, goûté la vie, sans jamais la prononcer. (2004)

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