jeudi 19 février 2009

La fleur des morts

Laissez ces fleurs des champs se dépérir au mort ! Laissez les comme l’amant se faner un peu encore, Pour tous ceux qui, d’avant, ont bien trop jeunes alors, Laissez sous les balles tant de leurs années au sort. N’ôtez ces frêles bouquets, qu’ils restent au nom de ceux, Dont le sang encore frais a nourri ce même vœu, Au prix fade d’à jamais clore le voile de leurs yeux, Que pousse un jour la paix, la liberté un peu ! Laissez parler la rose, crier le coquelicot, Qui par un jour ose grandir près du héros, Dans le sang où repose l’inconnu sans tombeau, Tête rouge comme une prose du soldat tombé haut ! N’ôtez le fou glaïeul dont chaque pétale, Conte un homme aïeul martyr de mille râles, Dont chaque de ces feuilles dessinent les visages pâles, Dont la sève, ne le veuille, a le goût du sang sale ! Laissez ces milles fleurs être le souvenir, Etre au fond de nos cœurs le souffle d’avenir, Les mythes de l’horreur, les gardiens du sourire, L’image de leurs pleurs, l’ultime havre du rire. N’ôtez ces jacinthes au port des fenêtres ! Elles ne sont l’absinthe des combats au feu naître. Elles ne sont la crainte des ariens sur la crête. Elles sont le long terrain où respire enfin l’être ! Laissez ces fleurs des temps se flétrir pour ces morts, Au pied des monuments ou dans ces champs de mort ! Laissez ces fleurs au vent vivre ce qu’à grand tort, Le soldat inconnu bâtit mais ne connut ! (2001)

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