mercredi 25 février 2009

Cite de la joie

J’ai vu l’argent couler à flot sur les corps décharnés, Profitant du lit de misère pour former son lac. J’ai aperçu le mensonge à son cou enroulé, Echarpe luxuriante toute incrustée de nacre. J’ai humé ces toxines remplaçant l’air vestale, Emplissant nos frêles poumons de moindre liberté. Ma peau a brûlé sous son soleil d’or et de métal, Crevant l’ozone fragile de nos valeurs humaines. J’ai perçu son souffle de violence hypocrite, Glisser sur ma nuque, pour me mettre un collier, Puis une laisse. J’ai senti sa drogue pénétrer Mon âme, m’enchaîner au plaisir d’achat insolite. J’ai goûté la saveur des biens toujours plus présents, Jusqu’à l’indispensable breloque sur l’étagère, Jusqu’à perdre le pétales de l’humilité dans Le tourbillon des zéros tonnant à nos artères. Le capitalisme narquois tisse ses talents, Autour du monde, se soule jusqu’à notre néant. J’ai entendu son rire résonner sur la glotte Des hommes enrubannés d’habits noirs et cravates. J’ai ouï son hurlement dans la gorge des mercenaires, Dans la symphonie des fusils, violant la bergère, L’écho dru du tintement des monnaies entrechoquées Sur les peuples assourdis par le média aviné. La bourse brandit son sceptre de granit, sous nos joies Innocentes, du luxe, de consommer un peu plus. Et je m’épleure de larmes dont la valeur n’est plus, Qui périssent dans le béton armé de cette cité de la joie. (2003)

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